Le mouvement du métal

À l’automne, saison reliée au mouvement du Métal :
La lumière diminue, les jours raccourcissent.
Dans un flamboiement de couleurs, le soleil coule vers la Terre,
L’air est pur, les contours des formes sont précis comme le trait du pinceau,
Le temps s’écoule lentement,
Une douce nostalgie s’installe,
Un désir de contemplation.

Le mouvement du Métal est un savoir-faire : celui de la tranquillité. Il nous permet de rentrer à l’intérieur, et de descendre dans la profondeur.

Emblème de l'automne, il est à l’image de la sève qui retourne vers ses racines, et de la noirceur qui gagne tranquillement sur la lumière du jour.

Il nous guide à l’intérieur de nous-mêmes, sans effraction, en se glissant dans les interstices. En nous saisissant de l'intérieur, la perspective change : nous nous découvrons autre.....

Pour cela, il s’agit d’abord de quitter le monde des certitudes tangibles, pour pouvoir nous rencontrer sans nous heurter à notre forme compacte.

Il s’agit d’un changement de niveau de conscience, qui nous apprend à nous couler dans le vide qui existe au cœur de chaque forme de vie.

C’est une rencontre qui donne vie, une rencontre qui restaure le sacré.

Dans ce mouvement, ce n’est pas la conscience habituelle qui peut nous guider, mais un autre état, celui où le corps/esprit prend appui sur ce qu’il ne connaît pas.

« Ce à quoi s’applique véritablement l’action humaine, lorsqu’elle est soutenue par l’action céleste, c’est à nourrir ce que sa conscience saisit au moyen de ce qu’elle ne saisit pas. » Zhuang Zi.

Lors de cette écoute intérieure, la conscience flotte, présence vigilante. Elle s’oublie, meurt et disparaît, pour renaître autrement, portée par l’océan du Qi, par le vide nourricier, dans un savoir-faire qui utilise totalement le corps-esprit.

C’est un état qui transcende l’opposition conscience/inconscience.

Cette intériorisation et cette descente se font progressivement.

Il s’agit d’abord d’accepter que l’énergie ne nous porte plus pour aller de l’avant. C’est la fin du jour, de l’année, ou du cycle porté par cet élan de vie particulier. On ne peut rien rajouter ou retirer à ce qui a été.

Avec le mouvement du Bois, nous avons soutenu en nous le sujet qui désire jusqu’à l’amener au bord du précipice, aux frontières du connu, et lui permettre ainsi d’offrir dans la relation une parole ou un acte porteur de sens.

Le mystère de la rencontre s’est vécu. Quelque chose a été saisi par l’intuition dans la relation à l’Autre, et l’on aimerait parfois fixer cet instant, ou le changer. Accepter le contour du passé, quel qu’il soit, agréable ou désagréable, satisfaisant ou insatisfaisant, comme un point d’appui, un enseignement que l’on va avoir à assimiler, et non pas à regretter.

Pour que ce qui a à être récolté, une fois la séparation faite, puisse l’être. On revient vers soi, et on laisse agir et descendre en soi, jusqu’au plus intime de nous-mêmes, cette énergie issue de la rencontre.

Suspendu au Ciel, on accepte alors de laisser agir son propre poids, de faire l’expérience de son espace corporel.

Dans cette descente, on va rencontrer des obstacles et des résistances.

L’expérience vécue va bousculer, demander la dissolution de vieilles représentations de soi en relation avec le monde.

Il s’agit d’accepter ces résistances, de reconnaître ses limites, car cette dissolution des mécanismes de protection que l’on a mis en place pour survivre fait peur.


Les résistances se disent par des émotions, des sentiments :

Culpabilité, impuissance, regret, remord, injustice, découragement, rage, tristesse, désir de vengeance, désir de domination, etc
Tolérer l’inconfort de ces sentiments, la honte de les découvrir en soi.

Ils ont tous un dénominateur commun : la peur.

Le mouvement du métal est un mouvement de dissolution, de décomposition du vivant. S’il se fait avec douceur, la conscience se place dans les interstices qui mettent ensemble le vivant, là où le souffle circule. Il n’y a plus alors de sentiment de dissolution, car la conscience se place dans le vide médian, là où tout est continuellement relié.

Mais, pour faire cela, elle doit changer de régime, s’oublier, pour se retrouver immergée dans une conscience de soi beaucoup plus vaste, illimitée.

Accepter ses résistances, ses limites, les limites qui semblent venir de l’extérieur, les contraintes :

- Ne pas s’y soumettre

- Ne pas se rebeller

- Au contraire, se laisser guider par les limites, s’appuyer dessus, laisser agir, attendre, rester là.

Comment rester vivant devant ce qui semble nous demander de mourir à nous-même ?

Le mouvement du métal nous demande alors de prendre soin de nous-même comme une mère le fait pour le bébé qui est dans son ventre.

Pour les chinois, un des idéogrammes pour signifier le corps représente une femme enceinte en démarche.

Et c’est une image très forte pour eux. Nous sommes perpétuellement enceints de nous-même. Nous avons à porter dans notre ventre un embryon énergétique, et à guider le souffle tiède vers lui pour qu’il prenne vie.

Cette métaphore est très active dans la pensée chinoise.

Ce temps de la grossesse, c’est un temps yin.

Se donner de l’espace, du temps, s’appuyer sur les contours, se laisser guider.

Lorsqu’il y a un nœud, une résistance, qui nous empêche de lâcher prise, c’est que l’on est trop collé à soi. Il n’y a plus d’espace intérieur, pas de détente qui accueille, et partant, pas d’embryon qui puisse croître.

Nous forçons trop, nous essayons de nous mettre en mouvement à partir d’un espace de résistance.

Il nous faut rétablir une écoute pour faire de la place. Pour retrouver notre espace intérieur de liberté, nous devons accepter de laisser le cœur/conscience mourir.

Écouter l’inaudible, voir l’invisible, palper l’imperceptible…..

Car la vie s’origine ailleurs : en-deça de la forme.

La conscience doit accepter de céder le contrôle, de s’oublier pour renaître en flottant sur le mystère.

Cela se rêve, s’exerce, se glisse par les interstices.

Surprise, inadvertance, insouciance.

Cela restaure le sacré.

On accouche alors d’un autre Soi encore plus vivant.

Le temps et l’écoute intérieure sont les armes du mouvement du métal. Son tranchant s'y fait douceur du détachement, acceptation de la différence, tendresse et protection envers ce qui, en nous, cherche à émerger.