L’hiver, le mouvement de l’Eau, les Reins

 

Les idéogrammes de l’Eau

Les idéogrammes chinois offrent des images à notre contemplation. Ils vont nous aider à appréhender l’aspect « eau » de la vie en dehors du mental.

A. L’hiver :


Dong L’idéogramme représente la glace en radical, avec, en phonétique, un caractère qui signifie : fin, terme. Il représente un écheveau de fil, dont le bout est fixé par un lien pour l’empêcher de s’ouvrir.Un caractère plus ancien montre le soleil enfermé dans la boucle du lien, signifiant : emprisonnement du soleil, cessation de l’activité solaire.

Le Su Wen ch2 nous parle de l’hiver :
« Les trois mois d’hiver sont appelés : fermer et thésauriser »

Bi Fermer. L’idéogramme a pour phonétique : la porte, et pour radical, une plante qui pousse, qui signifie : l’activité naturelle. L’activité naturelle d’une porte est de fermer un espace.

Cang : Thésauriser. L’idéogramme montre un espace enfoui sous terre, bien protégé par une hallebarde, et bien administré. (On voit un ministre prosterné)

« L’eau gèle, la terre se fendille,
On n’a plus rien à voir avec le yang.
On se couche tôt, on se lève tard,
Il faut tout faire selon la lumière du soleil,
Exerçant le vouloir-vivre comme enfoui,( tapi, avec la notion de : humblement) »

L’idéogramme Fu représente un homme qui fait le chien.
Il signifie : Se prosterner, humblement, se cacher, soumettre ou se soumettre.

L’énergie de l’hiver demande de l’humilité. Reconnaître ses limites et s’y soumettre avec tranquillité, lâcher-prise, abandon. Accepter de ne plus pouvoir tout contrôler. Il s’agit de laisser faire le mystère de la vie. L’attitude en est une d’écoute et de suivre fidèlement, comme un chien suit son maître. « Le plus grand que nous » est à l’œuvre.
« comme caché ( mis en réserve, contenir la récolte) » Ni

L’idéogramme Ni montre un coffre à l’intérieur duquel il y a un idéogramme qui signifie : cueillir, récolter.Il importe de digérer le cycle précédent, d’en récolter les leçons, et de les garder précieusement.

« Comme avec l’intention tournée vers soi (égoïsme, intérêt personnel) »

L’idéogramme Si signifie : Privé, particulier, intérêt personnel, égoïsme. Il montre un cocon : un vers à soie qui se replie sur lui-même et s’enferme dans son cocon. Seul, ce caractère signifie : égoïsme, Ne s’occupe que de soi. Personnel. Privé. Le radical montre des céréales : ma part de céréales.
Il s’agit de ne plus s’occuper de l’extérieur, du regard des autres sur soi. Nous avons alors la responsabilité de notre espace personnel, que nous devons considérer avec respect, car il contient le grand œuvre alchimique. Mais, à cette place, acceptons de ne rien savoir. Il s’agit de laisser se dissoudre toutes nos certitudes, et, comme le vers à soie, de perdre notre forme pour devenir « papillon ».

« comme se possédant soi-même »

L’idéogramme De montre quelqu’un qui met la main sur l’objet qu’on avait en vue d’obtenir.

L’idéogramme Ji représente la trame et la chaîne d’un métier à tisser. Il signifie : caractère cyclique, soi-même, suite.

« Il faut fuir le froid et rechercher la chaleur,
Il ne faut rien laisser s’écouler par les épaisseurs de la peau,
De peur de perdre tous les souffles.
Ceci est la voie propre aux souffles de l’hiver,
Qui répondent ainsi à l’entretien de la thésaurisation pour la vie »
Su Wen ch2.

L’hiver, c’est la fin d’un cycle, c’est la rupture des relations entre le Ciel et la Terre.
Le Ciel s’est retiré : il n’offre qu’au minimum chaleur et lumière.
La Terre se repose. Elle cache, conserve, condense, et thésaurise.Rien ne se voit à l’extérieur, comme dans un cocon. C’est le retour au Sans-Forme. Une transformation radicale est en train de s’opérer. Dans son sein, le grand Œuvre s’opère.Un nouveau germe de vie se crée.


B. Le sentiment, vouloir-vivre rattaché à l’Eau :


« Les cinq mouvements sont les souffles des 5 organes. C’est à partir des 5 souffles que sont produits les 5 vouloirs »

Le mouvement de l’Eau existe dans la nature : c’est l’énergie de l’hiver, du cœur de la nuit et c’est la vibration que nous recevons venant du Nord.
Ce mouvement s’est aussi incarné dans notre corps où il est produit par nos organes.
Chacun des 5 organes est porteur de ce que les chinois ont appelé un « vouloir-vivre ». Les fonctions que décrit la médecine occidentale ne sont qu’une application pratique, biologique d’un rôle infiniment plus vaste, qui a trait à l’ensemble de notre être et qui s’origine dans ce « vouloir-vivre ».
L’organe qui est à l’origine du mouvement de l’Eau en nous est le Rein, et son entraille couplée est la Vessie.Le vouloir-vivre des Reins, c’est Kong : la peur.

Kong qui signifie : craindre. Peur. La phonétique montre une main qui tient un outil et façonne un objet par petits coups répétés. Le radical est celui du cœur : battement du cœur ou ébranlement du cœur par des petits chocs répétés, successifs.
La peur fige. L’énergie descend et se rétracte. Elle peut même s’échapper violemment par le bas par une diarrhée. On peut aussi, lors d’une grande peur, avoir les cheveux qui blanchissent d’un coup, ou par une peur continue, répétitive, blanchir vite et prématurément : l’énergie ne se rend plus en haut du corps.
Un certain degré de peur augmente la vigilance, resserre l’énergie, ramène à soi, à son intérêt personnel, à la protection de sa personne. C’est l’excès de peur qui est nocif : il représente une exagération du mouvement de l’eau.


C. Les Reins :


L’idéogramme Shen signifie : les Reins et les testicules, mais aussi : siège de la force et de la sagesse, sagesse.Il représente un ministre prosterné devant l’empereur. Associé au caractère qui représente la main, ce caractère signifie : tenir fermement ses gens. Le radical est celui de la chair pour indiquer qu’il s’agit d’une partie du corps.
Les Reins sont les organes du mouvement de l’Eau.
Ils contrôlent Jing, le principe vital, et ses diverses fonctions : support de Shen et du mental, force des os, direction de la croissance et de la reproduction, gestion des liquides, formation du sperme, etc…Ils attirent les souffles dans la profondeur du corps.
Ils sont les gardiens de l’énergie ancestrale.
Les Reins président à la réalisation de la forme corporelle, à partir du Sans-Forme et de l’information contenue dans les cellules sexuelles, ils combinent tous les degrés allant de la fluidité des liquides circulants à la structure ferme de l’os.Ils transmettent la Vie depuis ses origines.
Le chapitre 8 du Su Wen , qui décrit les fonctions de chaque organe nous dit :

« Les Reins ont la charge de susciter la puissance,
L’habileté et le savoir-faire en découlent. »
Les Reins suscitent la puissance et ils passent de la puissance à l’acte, de manière experte et habile.
Susciter la puissance, c’est Zuo Qiang

Zuo signifie se lever paraître, surgir, causer, faire naître, susciter.

L’idéogramme montre le radical de l’homme et une phonétique qui représente une cache avec le caractère qui signifie : rentrer à l’intérieur, disparaître, mourir. Mais entre ce caractère et la cache, il y a un trait qui représente un obstacle. Quelque chose empêche la disparition, et la verticalité de l’homme suggère au contraire que le mouvement, surgit, est suscité pour se dresser.

Qiang signifie : fort, robuste, puissant.

L’idéogramme montre un arc qui lance sa flèche par-dessus plusieurs arpents de terre.Une autre éthymologie montre un insecte qui, couché sur le dos, se redresse avec énormément de vitalité. Il effectue un retournement.

Zuo est contenu, prêt à sortir
Qiang, c’est la puissance sur le point d’être libérée.
L’aspect sexuel est évident, mais ouvert à toutes les réalisations.
Toute la force de vie est aux Reins.
La puissance des Reins s’exerce dans la profondeur du corps, dans la région du Xia Dan Tian, du champ de cinabre inférieur, dans la vitalité du bassin, dans les lombes, le périnée, les jambes et dans l’os.S’ils ont la fonction de faire émerger la puissance, c’est qu’ils constituent la réserve du Jing inné transmis par les parents, mais aussi celui du Jing excédentaire acquis tiré des aliments, de la respiration, et de tous les Arts pour entretenir la vie.

Ch.9 du Su Wen :

« Les Reins sont à la racine de ce qui thésaurise, contient et fait hiberner.
Ils sont le lieu d’où sort le Principe Vital ».

Cette capacité de faire émerger la puissance se rattache aussi à Ming Men.À la base de la colonne vertébrale, le premier point du Du Mai se nomme Xiang Qiang : Fort et puissant.L’énergie qui s’enfonce dans la profondeur du corps pour y être condensée, raffinée jusqu’à sa forme la plus pure contenant la puissance de création de la vie, va être rassemblée au niveau de Hui Yin, au centre du périnée, puis elle va se dresser avec puissance grâce à l’action de ce point, à la racine de la colonne vertébrale.Ce point, conscientisé dans le travail corporel, est alimenté par Ming Men, la force des Reins Yang.

Ch 66 du nan Jing :

« Sous l’ombilic, dans l’interval entre les Reins, se situe le souffle remuant ; c’est la vitalité même de l’être humain »

Ji signifie l’habileté, talent, dextérité, adresse, art manuel.

L’idéogramme montre un homme, dont la main sépare le rameau de la souche Il indique, l’ingénuosité et le pouvoir de créer.

Qiao sigifie : dextérité, habileté, adresse.

L’idéogramme représente une équerre pour symboliser le travail, l’œuvre, et un souffle contenu, comme lors d’une profonde attention.
Les Reins permettent d’incarner nos rêves. Ils nous donnent l’assise, et la force pour le faire.
Les Reins, fermes, fiables, puissants, sont prêt pour nous permettre de procréer, d’entretenir la vie, de la ressourcer, de la recréer.

« Shen est puissant dans l’exacte mesure de la suffisance de Jing ; partant de là, il y a habilité et talent »

« La moelle se fait par thésaurisation des Reins. Elle est à l’intérieur de l’os, et lorsqu’elle est abondante, les os sont forts et puissants. »

Les Reins nous donnent la force et le goût de réaliser.
L’aspect spirituel des Reins, Zhi, s’exerce dans la durée et la continuité.

Conclusion

De ce grand mystère qui a conduit, conduit et conduira de tout temps l’unité primordiale à accoucher d’elle-même, nous ne pouvons rien en comprendre.Nous ne pouvons qu’assister à ce mystère et le contempler.
Du Sans-Forme à l’Au-delà de la Forme, notre raison s’égare, mais notre corps, lui, en est le théatre vivant.